Dans le territoire insulaire d’Idjwi, au cœur du lac Kivu, les femmes rurales continuent de faire face à des conditions de vie particulièrement précaires. Entre pauvreté persistante, manque d’opportunités économiques et conséquences de l’insécurité qui affecte l’Est de la République démocratique du Congo, elles peinent à répondre aux besoins fondamentaux de leurs familles. Réunies au sein de plusieurs organisations féminines locales, ces femmes lancent un appel pressant aux partenaires nationaux et internationaux œuvrant dans les domaines des droits des femmes, du développement rural et de l’autonomisation économique, afin qu’ils renforcent leur accompagnement en faveur des communautés féminines d’Idjwi.

Selon plusieurs témoignages recueillis sur l’île, de nombreuses femmes parcourent chaque jour de longues distances en transportant de lourdes charges de bois, de produits agricoles ou de marchandises diverses pour subvenir aux besoins de leurs ménages. « Je suis mère de huit enfants. Certains jours, je passe toute la journée à transporter du bois ou des produits agricoles pour gagner à peine 2 000 francs congolais. Avec cette somme, il est très difficile de nourrir toute ma famille », témoigne Furaha Tulinabo, habitante d’Idjwi. D’autres femmes dénoncent les lourdes conséquences physiques de ces travaux pénibles. « Nous transportons souvent des charges plus lourdes que nous-mêmes.

Nous souffrons régulièrement de douleurs au dos, aux jambes et à la poitrine, mais nous n’avons pas d’autre alternative pour faire vivre nos enfants », confie une mère de famille. Les organisations féminines locales expriment également leurs inquiétudes face aux répercussions de ces conditions de travail sur la santé maternelle. Elles rapportent que plusieurs femmes enceintes continuent à effectuer des travaux éprouvants faute de sources de revenus alternatives. « Certaines femmes enceintes sont contraintes de transporter de lourdes charges pour subvenir aux besoins de leurs familles.

Plusieurs cas de complications de grossesse sont signalés dans nos communautés », explique Joséphine, chargée de la cellule Genre au sein de l’Association des Journalistes d’Idjwi pour la Paix, la Démocratie et les Droits Humains (AJIPDDH). Une femme ayant vécu cette situation témoigne avec émotion : « Alors que j’étais enceinte, je transportais chaque jour des sacs de récoltes pour soutenir ma famille. Après plusieurs semaines d’efforts, j’ai malheureusement perdu mon bébé. Aujourd’hui encore, je porte les séquelles physiques et psychologiques de cette épreuve. »

Face à cette réalité, les associations féminines plaident pour la mise en œuvre de programmes d’autonomisation économique, de microfinance, de formation professionnelle, d’appui aux activités génératrices de revenus ainsi que pour le renforcement des services de santé maternelle. « Nous ne demandons pas une assistance permanente. Nous souhaitons bénéficier d’opportunités qui nous permettent de travailler dans la dignité, de préserver notre santé et d’assurer un meilleur avenir à nos enfants », souligne Munyakazi Faida, responsable d’une plateforme féminine locale. Les défis auxquels sont confrontées les femmes d’Idjwi sont davantage accentués par la situation sécuritaire fragile qui prévaut dans l’Est de la RDC. Cette instabilité affecte les activités économiques, freine les investissements et accroît la vulnérabilité des ménages ruraux.

Pour les organisations féminines du territoire, le moment est venu pour les partenaires au développement d’accorder une attention particulière aux besoins des femmes rurales d’Idjwi, dont la résilience permet chaque jour à des milliers de familles de survivre malgré des conditions extrêmement difficiles. « Investir dans les femmes d’Idjwi, c’est investir dans la stabilité des familles, la santé des enfants et le développement durable de toute la communauté », concluent les leaders des organisations féminines locales.

Albert Cinyabuguma