« Ma journée et mes droits » est le thème choisi cette année.
Le 20 Novembre de chaque année marque le jour de l’adoption par l’Assemblée Générale des Nations Unies de la Déclaration des droits de l’Enfant en 1959 et de la convention relative aux droits de l’Enfant signée en 1989.
Cette célébration a pour objectif de renforcer et de promouvoir les droits des enfants : parmi lesquels les droits à l’éducation et aux loisirs, à la protection, à la santé, le droit de vivre en famille, le droit à une identité, à la justice adaptée à son âge pour ne citer que ceux-là.
Cependant, cette convention est loin d’être respectée au regard de la situation sécuritaire, socio-économique précaire dans lesquelles vivent des familles dans certaines entités de la Province du Sud-Kivu.
Des cas de déperdition scolaire ou abandon familial poussent plusieurs enfants filles et garçons dans la rue exposés aux dangers de toutes sortes ; d’autres sont exploités économiquement et utilisés comme une main d’œuvre moins chère en violation de leurs droits.

Dans les différents sites miniers du Sud-Kivu, des mineurs sont exploités en violation de la disposition du code minier révisé qui interdit la présence des enfants et des femmes enceintes dans les activités minières. Malheureusement, on les voit par ici par-là en train de tamiser le sable, transportant des colis de fois dépassant leurs poids. Certains y vendent des petits articles et pendant que d’autres sont utilisés dans les restaurants domestiques ou serveurs.
A Bukavu, certains mineurs sont utilisés dans la vente à la sauvette des beignets et autres petits articles ou dans des chantiers. Ils arpentent les différentes artères et marchés de la place en train de vendre des sachets, de l’eau et autres articles à la criée pour gagner quelques billets.
Pour certains enfants petits vendeurs rencontrés dans les rues de Bukavu, la pauvreté des ménages les poussent à la débrouillardise afin de contribuer tant soit peu à la survie de leurs familles.
J’aimerais aussi retourner à l’école comme les autres enfants mais la situation socioéconomique de ma famille ne le permet pas (un enfant vendeur des sachets)
Eric (nom d’emprunt), enfant unique et orphelin de père nous a fait savoir qu’il a abandonné la 3ème année du primaire car ses parents n’étaient pas en mesure de payer les frais scolaires.
« Je n’ai pas connu mon père, il est mort quand j’avais deux mois, ma mère a été chassée du toit conjugal car accusée de sorcière. Elle s’est lancée dans la vente des légumes pour ma survie. Elle s’est débattue seule pour me mettre à l’école mais arrivé en troisième primaire j’étais incapable de poursuivre les études et maman m’a demandé alors d’abandonner pour la suivre au marché. .. Je vends les sachets à longueur des journées pour voir comment l’aider tant soit peu à trouver une mesure de farine. .. J’aimerais aussi retourner à l’école comme les autres enfants mais la situation socioéconomique de ma famille ne le permet pas… at-il conclu ...
Cependant, un autre phénomène qui constitue une bombe à retardement ce sont les enfants dits de la rue.
Qu’est ce qui explique cette situation ?
La délinquance juvénile, la déperdition scolaire, la pauvreté des familles. D’autres enfants ont été chassés de leurs familles car accusés de sorciers ou sorcières.
Cette situation est amplifiée par des chambres des prières et autres charlatans faisant l’apologie de la sorcellerie malheureusement parmi les victimes innocentes figurent des filles et garçons mineurs.
Quel est le rôle de l’état dans l’encadrement des enfants non accompagnés ou en rupture familiale ?
Pour la Nouvelle Dynamique de la Société Civile, l’Etat a un grand rôle à jouer sur l’encadrement des enfants, que ça soit des enfants abandonnés, des enfants en rupture familiale, tout comme des enfants en situation normale. Jean Chrysostome KIJANA pense que l’Etat joue un rôle primordial et à plusieurs niveaux sur le plein épanouissement de la jeunesse.
« L’Etat est appelé à prendre des politiques publiques qui favorisent l’inclusion et l’amélioration des conditions des enfants. C’est entre autre l’éducation ; la place de tous les enfants c’est à l’école ; il revient donc à l’Etat de mettre en pratique cet objectif qui est même l’un des objectifs du millénaire pour le développement ;il doit veiller à ce que tous les enfants aient la possibilité d’avoir un accès équitable aux soins de santé. Les enfants ne devraient pas mourir de la malnutrition ou autres maladies infantiles ; ils ont le droit de vivre dans un environnement sain et qui favorise leur plein épanouissement et tout ça c’est l’obligation de l’Etat. Et pour ce qui est des enfants abandonnés, l’Etat ne devrait pas les laisser à la merci de la rue, pour dire qu’ils deviennent des enfants de la rue ; la rue n’a jamais eu à mettre au monde. En cas d’irresponsabilité des parents qui abandonnent leurs enfants, il est du devoir ou de l’obligation de l’Etat de veiller sur ces enfants-là ; sous d’autres cieux ou dans d’autres pays par exemple en Europe où nous avons visité, si les parents sont incapables de prendre en charge leurs enfants , l’Etat s’implique il leur ravit ces enfants et les prend en charge car les parents ne sont pas à la hauteur de leur responsabilité; malheureusement pour le cas de notre pays , les enfants sont abandonnés et laissés à la merci de la rue , ils deviennent des petits voyous, des shegués à gauche à droite ce qui compromet l’avenir de toute une nation parce que c’est sur ces enfants que repose l’avenir de toute nation .
Des organisations de promotion des droits des enfants et de la société civile tentent de sauver cette catégorie d’enfants à la limite de leurs moyens
C’est le cas du BVES, Centre EKABANA, Fondation Solidarité des Hommes, Congo Hope Initiative, l’Asbl Mukazi et bien d’autres ;
Certaines les encadrent à travers l’apprentissage des petits métiers pour leur autonomisation pendant que d’autres documentent et référent des cas à des structures appropriées pour leur prise en charge.
Toutefois, le besoin est très grand ; il faut plutôt un vaste programme appuyé par le gouvernement et ses bailleurs pour répondre à ce besoin au regard de la pertinence de la question et aux nombres élevés des enfants en situation difficile.
Colette SALIMA, responsable de Congo Hope Initiative explique :
Congo Hope Initiative assure un accompagnement des enfants en rupture familiale afin de les amener à quitter la rue pour regagner leurs foyers. Grace à cette organisation de promotion des droits des enfants plusieurs jeunes ont bénéficié des formations en petits métiers pour leur autonomisation. Parmi les succès du CHI c’est d’avoir réussi à assurer les médiations jusqu’à obtenir l’intégration familiale de certains enfants.
« La plupart de ces enfants, sont des orphelins généralement des enfants accusés de sorcellerie dans plusieurs ménages, des enfants déplacés de guerre qui se sont retrouvés au Sud-Kivu, nous avons aussi une autre catégorie d’enfants qui se sont rebellés et se sont retrouvés dans la rue.
Alors l’accompagnement consiste aussi à échanger avec eux autour des différentes thématiques liées à la santé, le vivre ensemble, et d’autres liées à l’éducation pour les aider à quitter la rue. A cela, l’on ajoute une assistance en non vivres comme des vêtements des babouches, des chaussures. Depuis un temps, donc l’année passée, le CHI a commencé une nouvelle approche, on essaie de transformer leurs souffrances en pouvoir et ces enfants ont commencé à retrouver le goût de retourner à l’école pour y arriver; nous organisons des concours de dessin, d’écriture, de lecture ; avec ces concours nous leur donnons l’occasion de compétir et ils se focalisent sur des thématiques liées à la paix, au vivre ensemble, de santé. Ceux qui font des bons dessins bénéficient des petites primes d’encouragement…. nous combinons aussi l’approche « éduquer par le divertissement » à travers les sketches pour les aider à retenir les leçons apprises. « a-renchéri Mme Colette SALIMA
Il sied de signaler également que le contexte sécuritaire et humanitaire que traverse la province du Sud-Kivu augmente le nombre d’enfants vivant en situation difficile ; des cas de perdition scolaire ne font qu’augmenter ; cela se justifie par le décès des parents et d’autres ont abandonné par manque des moyens car les parents ont soit perdu leurs ressources ou travail du fait de la guerre.
Nelly ADIDJA