Depuis la mise en place de l’administration de certaines zones de la province du Sud-Kivu par l’AFC/M23, notamment dans la ville de Bukavu, de nombreux ménages font face à une pression socio-économique sans précédent. Fuyant l’insécurité, des milliers de familles ont quitté la ville pour se réfugier dans d’autres provinces de la République démocratique du Congo encore épargnées, ou vers des pays voisins tels que le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda.
Ces déplacements massifs ont profondément bouleversé le tissu social et économique local, entraînant une crise aiguë du logement. Celle-ci se caractérise par l’abandon de nombreuses habitations, mais surtout par une raréfaction des opportunités d’emploi, plongeant les ménages restés sur place dans une grande précarité.
Cette situation a déséquilibré le marché locatif. Depuis près d’une année, les tensions entre bailleurs et locataires sont vives dans plusieurs quartiers de Bukavu.
Profitant du contexte sécuritaire et économique difficile, certains propriétaires exigent des loyers élevés, souvent payables à l’avance pour plusieurs mois, une pratique qui fragilise davantage les locataires déjà vulnérables.
De leur côté, certains bailleurs justifient ces exigences par l’absence d’autres sources de revenus, affirmant dépendre exclusivement des loyers pour subvenir aux besoins de leurs familles. Parallèlement, la fermeture de nombreuses activités, la baisse du commerce et l’instabilité sécuritaire ont provoqué une perte massive d’emplois. Pour beaucoup de ménages, survivre est devenu un défi quotidien.
« Avant, je travaillais dans une institution de microfinance. Aujourd’hui, tout est paralysé. Comment payer un loyer aussi élevé sans travail ? », s’interroge un père de famille rencontré sur l’avenue Patrice-Emery-Lumumba. Privées de revenus réguliers, certaines familles sont contraintes de recourir à des stratégies de survie telles que l’endettement, la mendicité ou encore des hébergements collectifs non souhaités, souvent dans des conditions précaires.
La crise du logement à Bukavu, aggravée par la situation administrative actuelle et le chômage généralisé, ne se limite pas à un simple problème immobilier. Elle menace la stabilité familiale, compromet la scolarisation des enfants et fragilise la cohésion sociale.
« Depuis le début de l’année scolaire 2025-2026, je n’ai toujours pas pu récupérer les bulletins du premier trimestre de mes quatre enfants, faute de moyens pour payer les frais scolaires », regrette une mère de famille de Muhungu, employée dans une institution publique locale. « Cela fait maintenant sept mois que je n’ai pas touché mon salaire », ajoute-t-elle.
Face à cette situation préoccupante, des observateurs sociaux locaux appellent les autorités compétentes à réguler le marché locatif, à renforcer la protection des locataires et à créer des opportunités économiques adaptées à ce contexte délicat.
À Bukavu, se loger mais aussi vivre dignement est devenu un luxe inaccessible pour de nombreux ménages. Tant que cette période de crise persistera et que l’économie restera paralysée, la crise du logement demeurera l’un des visages les plus visibles et les plus douloureux de la situation sécuritaire actuelle.
Samuel Mugisho
Stagiaire