Alors que de nombreuses régions sont confrontées à l’insécurité alimentaire, les habitants du territoire insulaire d’Idjwi mettent à profit la saison sèche, qui s’étend de mai à août, pour intensifier les activités maraîchères. Dans les vallées, les marais aménagés et les plaines fertiles de l’île, hommes, femmes et jeunes se consacrent à la culture des tomates, choux, amarantes, aubergines et d’autres légumes destinés à la consommation familiale ainsi qu’à la commercialisation. Dès les premières heures de la matinée, les champs s’animent. Les producteurs sarclent, irriguent et entretiennent leurs cultures avec l’espoir d’obtenir de bonnes récoltes.

Cette mobilisation communautaire constitue aujourd’hui un exemple de résilience face à la faim qui menace de nombreux ménages de la région. « Pendant la saison sèche, nous ne restons pas inactifs. Nous profitons de l’humidité des marais pour produire des légumes. Cela nous permet de nourrir nos familles et de vendre une partie de la récolte afin de payer la scolarité des enfants », témoigne Justine Muka, agricultrice maraîchère du groupement de Mpene.
Même constat chez Ajuwa Béatrice, productrice d’amarantes et de tomates. « Les légumes poussent rapidement durant cette période. Grâce aux revenus générés, nous pouvons acheter d’autres denrées alimentaires et améliorer les conditions de vie de nos ménages », explique-t-elle.
Selon les techniciens du service de l’agriculture de la chefferie de Ntambuka, cette dynamique contribue de manière significative à la sécurité alimentaire locale. Les producteurs sont régulièrement sensibilisés aux bonnes pratiques agricoles, à la gestion rationnelle de l’eau ainsi qu’à l’utilisation de semences de qualité.
« Le maraîchage constitue aujourd’hui l’une des réponses les plus efficaces à l’insécurité alimentaire. Nous encourageons les communautés à exploiter les zones favorables à la production de légumes pendant la saison sèche afin d’accroître la disponibilité des aliments sur les marchés locaux », souligne Bonane Aubin, responsable du service technique de l’agriculture de la chefferie de Ntambuka. Les résultats sont déjà perceptibles sur les marchés d’Idjwi, où l’approvisionnement en légumes s’améliore progressivement durant cette période. Les ménages bénéficient ainsi d’une alimentation plus diversifiée, tandis que les producteurs tirent des revenus supplémentaires de leurs activités agricoles.
Face à ces résultats encourageants, plusieurs observateurs estiment que les territoires voisins de Kalehe, Kabare et Walungu pourraient s’inspirer de cette expérience. Ces entités disposent également de terres fertiles et de zones humides pouvant être valorisées pour la production maraîchère pendant la saison sèche. L’exemple d’Idjwi démontre que la lutte contre la faim passe aussi par une exploitation rationnelle des ressources locales et par l’engagement des communautés.
En transformant la saison sèche en période de production intensive, les agriculteurs de l’île prouvent qu’il est possible de renforcer la sécurité alimentaire tout en créant des opportunités économiques pour les familles rurales. Alors que les défis alimentaires persistent dans plusieurs territoires du Sud-Kivu, l’expérience d’Idjwi apparaît comme une source d’inspiration et un modèle de résilience agricole qui mérite d’être soutenu, valorisé et reproduit à plus grande échelle.
Albert CINYABUGUMA

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