Le diabète en RDC est une maladie chronique en forte progression, avec une prévalence estimée entre 7 et 10 % de la population. Les femmes y sont particulièrement touchées, une situation aggravée par la faible prise en charge et plusieurs facteurs de risque, notamment une alimentation déséquilibrée et l’hérédité.
Pour rappel, le diabète se caractérise par un taux de sucre dans le sang (glycémie) supérieur à 1,26 g/L et peut entraîner de graves complications s’il n’est pas correctement contrôlé.
En 2025, la prévalence du diabète connaît une hausse alarmante au Sud-Kivu, et ce sont les femmes qui en paient le plus lourd tribut. Dans un contexte marqué par l’insécurité persistante, les déplacements forcés et la fermeture prolongée de plusieurs banques, les patientes diabétiques font face à des vulnérabilités spécifiques qui aggravent leur état de santé.
La situation des femmes diabétiques, souvent négligée, révèle une urgence sanitaire nécessitant des réponses immédiates et adaptées.

« Nous traversons un moment très difficile ces derniers temps. Les crépitements des balles, la carence de médicaments et cette crise qui s’ajoute… Je ne parviens plus à contrôler mon alimentation alors que c’est capital pour nous. Depuis le début de la guerre, tout a changé et les choses empirent. Auparavant, quand j’avais un peu d’argent, je trouvais facilement des médicaments, mais ce n’est plus le cas. Aujourd’hui encore, on nous a annoncé au centre qu’un lot de médicaments vient d’arriver de Kinshasa, mais je ne suis pas sûre de pouvoir m’en procurer.
Mon mari, militaire, qui me soutenait, a fui lors de l’entrée des nouvelles autorités. C’est vraiment pénible. » témoigne Sifa Christine, quadragénaire.
Un défi également vécu par Nzigire M’Muderhwa Clémentine, mère de sept enfants et vivant avec le diabète depuis onze ans.
« Depuis plus de six mois, mon mari est au chômage. Je fais de mon mieux pour soutenir notre foyer, mais la maladie, l’insécurité et le poids de la famille me font rechuter à maintes reprises. Je n’ai plus la possibilité de faire des consultations régulières comme avant. »
À ce jour, il est difficile d’obtenir des données précises sur la prévalence du diabète entre femmes et hommes en raison du déplacement massif de la population de Bukavu vers les pays voisins et de la persistance des affrontements dans plusieurs territoires du Sud-Kivu, notamment Kabare, Kalehe, Walungu et Uvira.
Néanmoins, la Division provinciale de la santé du Sud-Kivu indique que l’augmentation des cas de diabète chez les femmes s’explique par un ensemble de facteurs : l’insécurité, une alimentation souvent inadaptée et la carence notable de médicaments.
« Pendant cette période, les patients diabétiques traversent un moment très difficile à cause de la guerre et de l’instabilité économique.
Les femmes sont plus touchées, et beaucoup sont exposées à développer cette pathologie en raison de leur vulnérabilité économique, du manque d’activités sportives et du poids familial qu’elles supportent. Nous ne pouvons pas dire que nous disposons de médicaments suffisants dans les 34 zones de santé du Sud-Kivu. Nous espérons une amélioration grâce à l’implication du gouvernement et au soutien d’autres partenaires techniques. », explique Justin Bengehya, responsable du Bureau de l’information sanitaire à la DPS Sud-Kivu.
De son côté, Tony Shindano, médecin interniste à la clinique CELPA, rappelle que l’accès difficile aux médicaments et l’absence d’activités physiques aggravent la situation des femmes diabétiques. Il appelle les patientes à surveiller rigoureusement leur alimentation et leurs mouvements durant cette période marquée par la crise économique et l’insécurité.
« Actuellement, beaucoup de diabétiques ne peuvent pas atteindre les centres de suivi et font face à une insécurité alimentaire et psychique. Il serait souhaitable que les patients respectent les recommandations hygiéniques et diététiques en attendant une amélioration des conditions. » conseille-t-il.
Selon Abel Ciza, coordonnateur de la Ligue de lutte contre le diabète, l’implication accrue du gouvernement dans la prise en charge des femmes diabétiques serait une solution fondamentale.
« Pour que les médicaments nous atteignent ici, ils transitent par plusieurs pays, ce qui influe sur leur prix et se répercute sur les patients. En Afrique, nous sommes le troisième pays comptant le plus de diabétiques, et les femmes sont les plus touchées. Pour soulager leurs souffrances, il serait souhaitable d’intégrer le diabète dans les soins de santé primaires ou d’inscrire les patients dans les mutuelles de santé. » déclare-t-il.
Il convient de noter que certaines initiatives ont été lancées pour soulager, tant soit peu, les souffrances des patients diabétiques, en particulier celles des femmes, mais les défis restent immenses.
Lors de la récente célébration de la Journée mondiale du diabète, la fondation du député Patrick Baka wa Bana, élu de Bukavu, a promis d’intensifier ses efforts pour soutenir ces patientes. De son côté, le centre CAPSA, dirigé par la militante Marie Migani, plaide pour que l’insuline soit rendue gratuite sur toute l’étendue du Sud-Kivu, afin de sauver la vie des femmes diabétiques dépendantes de ce médicament et incapables de s’en procurer à cause de la crise socio-sécuritaire.
Patrick MAKIRO

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